RCI Caraïbes, Les Carnets secrets


Radio n°1 en Guadeloupe et en Martinique, Radio Caraïbes Internationale (RCI) est née d’un désir d’indépendance dans des années où l’État entendait imposer sa manière de voir les événements qui secouaient la vie politique et sociale. En France, c’est l’omniprésence de l’ORTF, télévision d’État, qui « module » l’information. Ne dit-on pas, alors, et par dérision, que le rédacteur en chef de l’ORTF et des radios d’État est le ministre de l’Intérieur ?
À cette époque de gaudillot, une petite voix clandestine se fait entendre sur le territoire français, c’est Radio Free Europe. Une radio clandestine, illégale, qui diffuse librement ce qu’elle veut et qui émet de quelque part dans l’Océan, dans la zone internationale. Ministre de l’Intérieur et pandores ne peuvent faire taire cette voix de la liberté d’émettre.
À la même époque, un certain Michel Ferry est journaliste à Radio Tanger, autre radio libre. De passage en Martinique, il constate que Sainte-Lucie, État indépendant, est à une portée de voix. Pourquoi ne pas créer une radio sur le principe de Radio Free Europe ou de Radio Tanger et émettre de l’étranger ?
RADIO PÉRIPHÉRIQUE
Ainsi naquit RCI, futur radio périphérique au même titre que RTL ou Europe 1. Mais la lutte fut longue pour que les autorités accordent le statut de radio périphérique.
André Berthon participe dès 1975 à l’aventure de RCI dont il sera le premier rédacteur en chef en Martinique. Par la suite, il sera également correspondant du Monde et de RTL avant d’intégrer le réseau des radios locales de Radio France, puis France Inter comme grand reporter. Sa carrière se poursuit à Radio France Internationale qu’il quitte pour RFO en tant que rédacteur en chef en Guadeloupe, puis en Guyane.
Les radios libres, comme on les appelait à l’époque, ont été autorisées à émettre librement en 1981 avec l’élection de François Mitterrand à la présidence. « Dès 1977, RCI est habilitée comme radio périphérique, rappelle André Berthon, et c’est la première fois que les élections municipales étaient totalement couvertes par une radio. »
L’ancien rédacteur en chef se plait à raconter les rivalités épiques qui opposaient alors RCI à Radio Jumbo et Radio Antilles, autres radios libres qui émettaient de Montserrat ou de Saint-Martin.
HUGO…
RCI remporte ses lettres de noblesse lors de l’ouragan Hugo en 1989. La Guadeloupe est dévastée. Toute dévastée ? Non, un seul mât d’antenne a résisté, c’est celui de RCI. Toute l’équipe abattra un boulot formidable et RCI sera le lien de vie indispensable à tous les Guadeloupéens et aux autorités. RCI sera désormais incontournable et elle est même depuis inclue dans le plan Orsec. Ainsi, André Berthon fait revivre tous les moments forts – et parfois très forts – de l’histoire contemporaine de la Guadeloupe. Ses moments de colère, ses moments d’émotions douloureuses, ses événements joyeux ou sombres.
La voix de la radio s’envole et ne laisse pas de trace. Les Carnets secrets de RCI comblent cette lacune et racontent au plus près ces 50 ans d’histoire contemporaine.


André Breton | Caraïb Éditions | Juin 2016