L’épopée alsacienne du Dreyeckland


Au sud de l’Alsace, le pays des trois frontières (France, Suisse et Allemagne) d’où vient son nom – Dreyeckland signifie mot à mot « Triangle pays » – a connu pendant une dizaine d’années d’importantes luttes écologiques et une véritable guerre des ondes.

De ces luttes, l’auteur propose un récit détaillé – « L’Alsace, un laboratoire de luttes » (p. 21-118) – nourri de nombreux documents, témoignages et entretiens avec les principaux acteurs : le récit détaillé des combats menés en Alsace et outre-Rhin, contre les centrales nucléaires – à commencer par celle de Fessenheim –, mais aussi contre l’implantation d’usines chimiques. Notre propos n’est pas ici de résumer ou de restituer ces très riches rappels et évocations d’actions souvent illégales et très majoritairement non-violentes, et encore moins de nous prononcer – ne serait-ce que rétrospectivement – sur leurs cibles ou leur légitimité : leur discussion ne relève pas, à proprement parler, de la critique des médias.

Or ces luttes ont été favorisées et soutenues par des journaux indépendants [2], puis par des « radios pirates ».

Ce fut le cas dans le Dreyeckland de Radio Verte Fessenheim (RVF) : une radio née en 1977 contre l’implantation de la centrale nucléaire, à laquelle est consacré principalement un chapitre – « La guerre des ondes » (p. 119-207) – qui couvre près de la moitié du livre de Jocelyn Peyret. Ce dernier inscrit l’épopée de cette radio dans la longue histoire de la radio et plus précisément dans celle des radios pirates [3]. Radio Verte Fessenheim fut l’une des premières d’entre elles.

Une épopée, en effet, dont les épisodes font l’objet d’un récit circonstancié, conforté par de très nombreux témoignages des acteurs et témoins impliqués ou directement concernés : un récit dont la richesse et la précision défie toute tentative de le résumer [4].

Après l’élection de François Mitterrand en 1981, et alors que se prépare la « libération des ondes », Radio Verte Fessenheim arrête d’émettre et laisse la place à une nouvelle radio : Radio Dreyeckland qui, quelques années plus tard, deviendra une radio commerciale.

Une histoire ancienne ? Ce livre n’est pas seulement un livre de mémoire et d’hommage rendu à de courageux pionniers. Il est encore moins un ouvrage de commémoration. Il rappelle, à ceux qui seraient tentés de l’oublier ou de le négliger, à quel point le combat pour la liberté de l’information est un âpre combat toujours recommencé. Il confirme que des médias indépendants et associatifs sont indispensables aux mobilisations et, plus largement, à une information de proximité qui brise le monopole des médias dominants, y compris à l’échelle locale et régionale [5]. Les supports sont multiples et à l’ère du numériques, ils se sont diversifiés, mais ces médias, garants d’un effectif pluralisme, remplissent des missions de service public

Henri Maler

 

Jérôme Bo Bentzinger éditeur, 192 p., 21 €.