Cahier N° 102 (Octobre-Décembre 2009)


L’ANNÉE RADIOPHONIQUE 1979

 

dossier établi par Guy Robert


Guy Robert : Radios libres et prémices de nouvelles offres du service public

L’année radiophonique 1979 au jour le jour

La police envahit Radio Quinquin

Thierry Lefebvre : Une date clé : Radio Ripost

 

Radio Lorraine Cœur d’Acier, un cas à part

François Billetdoux : Notes sur les radios locales

Guy Robert : « Eve raconte » ou la Shéhérazade des ondes

Alexandra Viatteau : 1949-1979 : trente ans de l’Université radiophonique internationale (URI/URTI)

Jacques Durand : Les enquêtes sur le public de la radio et de la télévision en 1979

Trois journées de programmes en septembre – octobre 1979

La restauration des anciens enregistrements (témoignages de Pierrette Soula et Jean-François Pontefract)

 

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1979 : RADIOS LIBRES ET PRÉMICES DE NOUVELLES OFFRES DU SERVICE PUBLIC

« Radios libres ? L’octroi de la liberté ». Ce titre ironique d’un article de Télérama, le 12 décembre 1979, se rapporte à une déclaration faite huit jours plus tôt devant les sénateurs par le ministre de la Culture et de la Communication, Jean-Philippe Lecat : « Je vous propose qu’à partir de février 1980 et pendant quelques mois, dans plusieurs régions de France, soit mis en service un vrai réseau autonome de radio, une radio de service public qui rendra compte de l’actualité régionale et locale, qui donnera la parole aux associations et aux municipalités, non seulement dans le cadre des émissions que le service public programme lui-même, mais dans des créneaux totalement libres».

 

Voilà qui contraste avec le conservatisme affiché jusqu’ici par l’Etat giscardien, mais ne prélude pas pour autant à un assouplissement du monopole étatique de diffusion, plutôt à sa démultiplication. L’Association pour la liberté des ondes (ALO) ne s’y trompe pas, qui déclare aussitôt que cette annonce « est la négation de la liberté qu’elle tente d’instaurer ». Du moins peut-on y voir un début d’effort du pouvoir pour répondre à une situation devenue inconfortable pour lui.

C’est que les radios libres continuent à être créées malgré les saisies policières de leur matériel et les poursuites judiciaires (TDF dépose 267 plaintes en cours d’année). Surtout, à partir de juin, le syndicat SURT-CFDT, prédominant à TDF, se déclare hostile au brouillage. Ce qui traduit une évolution notable car les syndicats de gauche étaient jusqu’alors attachés au monopole de manière viscérale.  Le 16 novembre, les personnels de TDF-Région Est décident carrément de ne plus brouiller les émissions des radios libres… Autre fait significatif, la CGT elle-même se met à créer des radios illégales (entre autres : Lorraine Cœur d’Acier à Longwy et, dans le Nord, Radio Quinquin). Enfin, l’opinion française se révèle de plus en plus favorable au principe de telles radios, comme le révèlent en avril et septembre des sondages successifs du Centre d’études d’Opinion (CEO).

Le besoin de radios de proximité est exploité par FR3 qui, début octobre, se déclare disposée à créer 53 stations sous-régionales dans des chefs-lieux de département, ramifications de son dispositif régional déjà existant. Cette annonce est ressentie comme un véritable casus belli aux yeux de Radio France qui tient à préserver sa vocation nationale. Son conseil d’administration juge l’idée « ubuesque ». Le 30, ce même conseil, dans un texte destiné à la

tutelle, « redemande que, comme tous les organismes européens, la Société nationale de Radiodiffusion soit dotée de moyens d’agir sur l’ensemble du territoire. A cet effet, le Conseil formule le vœu que les pouvoirs publics réexaminent la possibilité de lui attribuer, dans les meilleurs délais, les centres régionaux de l’ex-ORTF, mesure technique qui n’entraînerait pas de dépenses nouvelles ».

En attendant que cette situation conflictuelle se dénoue, Radio France met à l’étude deux projets de radios thématiques. L’une de celles-ci, sous le nom de « Radio 7 », concernerait l’auditoire potentiel des 3 300 000 jeunes de la région parisienne. L’autre, sous le nom de « Radio Vie Nouvelle » (qui se transformera en « Radio Bleue »), s’adresserait aux dix millions de Français âgés de soixante ans et plus.

Durant l’année, les programmes des grandes chaînes, tant nationales que périphériques, se poursuivent. Avec des difficultés pour Radio France, sévèrement atteinte en début d’année par des grèves de solidarité avec les 424 licenciés de la Société française de production (SFP) issue de l’ex-ORTF.

France-Inter s’illustre par des « coups » comme, au printemps, le Train Forum Inter, opération montée avec le concours de la SNCF, et, en été, le Tour de France à la voile, de Dunkerque à Menton. La même chaîne voit surgir, le matin, le talent de narratrice d’Eve Ruggieri, laquelle évoque de façon très vivante, avec un art consommé du suspense, la vie de personnages célèbres, de Ninon de Lenclos à la reine Victoria d’Angleterre en passant par Mazarin et Greta Garbo, consacrant plusieurs semaines à chaque personnage.

France-Culture est fidèle à sa ligne d’une haute qualité, notamment avec un colloque organisé à Cordoue sur le thème « Science et conscience », organisé avec le concours d’intellectuels de haute volée venant de divers pays. France-Musique connaît une année somptueuse avec des concerts de l’Orchestre national dirigé par de grands chefs invités, de Lorin Maazel à Seiji Ozawa, également avec des journées entières consacrées à un compositeur (Weber, Nikiprowetzki), à un genre (musique russe) ou à un interprète (Rubinstein).

Les périphériques continuent à prospérer financièrement. A RTL, en décembre, après quinze mois de bras de fer entre le gouvernement français et le Grand Duché qui avait rejeté quatre candidats français jugés trop proches de l’Elysée, la situation administrative se débloque avec la nomination d’un nouvel administrateur délégué, Jacques Rigaud, qui prendra ses fonctions le 1er janvier 1980.